La leçon de Normand

Lorsque Normand s’est présenté à la Mission, sa vie ne tenait qu’à un fil. Après 38 ans de lutte contre l’alcoolisme et la toxicomanie, il s’est retrouvé à errer à Montréal, de refuge en refuge, survivant avec le minimum vital : nourriture, abri et vêtements. Il savait qu’il ne pourrait pas continuer comme ça longtemps. Ses problèmes lui avaient coûté deux mariages, deux maisons et il avait fini par perdre contact avec sa fille, avec ses amis et avec lui-même. Normand avait renoncé à la vie et envisageait d’y mettre fin.

Prise de conscience

Atteint de deux maladies potentiellement mortelles, soit l’hépatite C et le VIH, Normand voyait sa santé se détériorer rapidement. Il a entrepris un traitement contre l’hépatite C dans le cadre du programme PASS de la Mission, qui offre un suivi médical et un lit dans un petit coin privé favorisant le repos et le rétablissement. Les résultats positifs indiquant une diminution de l’hépatite C et les encouragements de son conseiller du programme PASS ont donné à Normand la motivation nécessaire pour poursuivre son traitement pendant six mois.

Normand (droite) en consultation avec son conseiller de Projet logement Montréal, Jean-Fraçois Lamothe (gauche).

Après deux ans de séjours ponctuels à la Mission, Normand a pris conscience de quelque chose. « Le personnel ici ne m’a jamais laissé tomber malgré tout et j’ai commencé à vouloir écouter et me prendre en main, explique-t-il. J’ai vu que j’avais la possibilité de me sortir de ma mauvaise situation et en constatant combien on prenait bien soin de moi, j’ai décidé que je devais aussi y mettre les efforts. Je savais que j’étais au bon endroit parce que je sentais que j’avais encore de la valeur. »

Après le traitement contre l’hépatite C, avec l’aide de Jean-François Lamothe, conseiller en intervention, il a poursuivi ses efforts pour se trouver un appartement et a entrepris un traitement contre le VIH.

Lorsque Normand a commencé à travailler avec Jean-François, il était toujours à la Mission. Ils ont commencé à parler de trouver un appartement dans le cadre de Projet Logement Montréal PLM), un programme de logement social, et peut-être éventuellement un emploi. Selon Jean-François, il peut sembler inconcevable pour une personne qui n’a pas vécu seule entre quatre murs depuis longtemps de se préparer mentalement à emménager dans un appartement et à assumer la responsabilité de vivre de façon autonome, mais Normand a réussi.

« Normand avait travaillé très fort avant d’emménager dans son appartement, notamment en se soumettant aux traitements contre l’hépatite C et le VIH, mais il déploie aussi de grands efforts pour rester sobre. Il n’en parle pas autant, mais cela est tout aussi exigeant », explique Jean-François avec fierté.

La règle du un pour cent

Normand prend le temps de bien ranger sa cuisine.

Même si Normand s’est installé dans un appartement paisible du quartier Ahuntsic, il n’est pas seul. Jean-François lui a rendu visite une fois par semaine, puis une fois par moi. « Au début, je n’appréciais pas tellement ses visites parce que je me demandais à quoi elles servaient. Jean-François me rappelait sa règle du un pour cent : mieux vaut avancer d’un pour cent que de reculer d’un pour cent. J’étais épuisé mentalement et physiquement, mais je me rappelais la règle et je faisais de petits pas. Je faisais un brin de nettoyage ici et là, puis je me reposais. J’ai commencé à prendre plaisir à laver la vaisselle et à tenir mon appartement bien rangé. Ce sentiment de satisfaction m’amusait. »

Jean-François dit que « Normand a fait beaucoup de progrès depuis qu’il s’est installé dans son appartement. Il est fier de me montrer son logis propret et ses améliorations décoratives. Maintenant, je n’ai même plus besoin d’aller le rencontrer à son appartement pour m’assurer qu’il a tout ce dont il a besoin; nous nous rencontrons au café du coin. »

Retrouver la joie de vivre

Normand habite un quartier résidentiel paisible à proximité de plusieurs commodités, dont le gym qu’il fréquente régulièrement. Plus important encore, il n’est pas très loin de sa fille, Lindsay, et ses trois enfants, avec qui il a repris contact pendant son rétablissement. Maintenant, il voit sa fille et ses petits-enfants presque chaque jour et aide sa fille à s’occuper d’eux.

Normand avec sa fille, Lindsay (droite) et sa petite fille (centre).

« J’ai retrouvé ma joie de vivre grâce à ma famille, lorsque j’ai compris que, malgré tout, j’étais toujours aimé. Je me dévoue à ma fille et à ses enfants chaque jour et je profite de cette occasion pour m’évader de toute la négativité que j’ai sur la conscience. J’ai définitivement pris la décision de m’abstenir de prendre quelque alcool ou drogue que ce soit, mais pour réussir à ne pas flancher, je dois me concentrer sur les avantages que j’en retire. »

Lindsay est aussi reconnaissante d’avoir retrouvé son père et explique la façon dont ils s’entraident. « Je suis en invalidité et mon père m’aide énormément. Sans lui, je serais probablement en convalescence à l’hôpital. Il est ici pratiquement tous les jours. Je vais le chercher et il m’aide avec la vaisselle, le nettoyage et la lessive. Il soulève aussi les objets lourds vu ma blessure à l’épaule. Nous faisons l’épicerie ensemble, puis je cuisine pour tout le monde et il n’a donc pas à le faire.

« Mon père a connu des problèmes, mais je savais qu’un jour, il s’en sortirait. Il est présent pour mes enfants et je ne pourrais être plus heureuse. Mes enfants le connaîtront pour l’homme qu’il est vraiment, un homme doté d’un cœur en or. »

Lindsay conserve plusieurs bons souvenirs d’enfance avec son père, alors qu’ils jouaient ensemble dans la neige et construisaient des igloos. « Un jour, nous avons fait un bonhomme de neige de huit pieds de hauteur et avons dû installer sa tête depuis la fenêtre de la chambre! Une photo de nous a été publiée dans le journal local », se rappelle-t-elle avec affection.

Leçons apprises

Norman prend un café dans son chez-soi chaleureux du quartier Ahunstic.

Selon Jean-François, le point tournant pour Normand a été le jour où il s’est levé et s’est dit : « j’en ai terminé avec cette dépendance » et qu’il a reconnu que lui seul avait le pouvoir d’améliorer sa vie.

Normand explique que le secret de sa réussite réside en grande partie dans la routine qu’il s’est établie, dans le cadre de laquelle il prend soin de son appartement et de sa famille et fait de l’exercice régulièrement. « Je vais au gym pour m’occuper et pour me sentir bien. C’est ma drogue!, s’exclame-t-il. « Je fais aussi attention à mon alimentation, ce qui m’aide à prendre mes médicaments trois fois par jour. Tous ces efforts font une énorme différence. J’ai du mal à croire que mon hépatite est presque complètement guérie et que le VIH est à peine détectable dans mon sang aujourd’hui.

Normand souhaite partager son histoire dans l’espoir d’aider d’autres personnes vivant des situations semblables. « On peut faire des erreurs, mais on peut aussi se pardonner. » Voilà sa leçon et son message les plus importants.


Lindsay a récemment signé une lettre dans laquelle elle raconte l’histoire de son père afin d’aider d’autres personnes aux prises avec des problèmes semblables et d’accroître la sensibilisation à l’égard de l’itinérance. Cliquez ici pour en prendre connaissance.

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