Photo : Martin Tremblay, archives La Presse
La première ministre Christine Fréchette a récemment annoncé deux nouvelles mesures pour lutter contre l’itinérance au Québec. Dans un secteur où les ressources sont cruellement insuffisantes, l’injection de fonds est toujours accueillie avec un certain soulagement. Alors que le dernier dénombrement fait état de 12 000 personnes en situation d’itinérance, soit une hausse de 20 % depuis 2022, ces interventions répondent à l’urgence du moment. Cependant, elles gagneraient à être accompagnées de changements structurels pour s’attaquer aux causes et ainsi, freiner la croissance de l’itinérance à long terme.
La première mesure du gouvernement Fréchette consiste à élargir le Programme de supplément au loyer (PSL). Ce dernier permettra à des personnes à risque imminent d’itinérance de verser un loyer plafonné à 25 % de leur revenu. Le gouvernement reconnaît ainsi que la fragilité financière des locataires est le principal point de rupture menant à la perte d’un chez-soi. Avec une enveloppe de 21 M$ ciblant Montréal, Québec et Gatineau, on tente donc de colmater les brèches.
La seconde mesure, une bonification de 7 M$ du Programme de réaffiliation en itinérance, santé mentale et dépendance (PRISMD), vient soutenir le travail terrain de la Mission Old Brewery et de ses partenaires à Montréal. Ce programme est essentiel, car il offre une stabilité de 8 à 12 semaines avec des soins continus. Destiné aux personnes ayant des troubles graves et persistants de santé mentale ou de dépendance, c’est un outil précieux pour ceux que le système de santé traditionnel peine à accompagner.
Il faut également rappeler le projet pilote lancé en février dernier au Tribunal administratif du logement (TAL). Grâce à une enveloppe de 1 M$, nos intervenants peuvent désormais repérer les locataires à l’aube d’une expulsion pour leur proposer un dépannage financier et de l’accompagnement. Cette présence au TAL est névralgique : une fois qu’un citoyen franchit le seuil d’un hébergement d’urgence, le risque de chronicité explose. L’intervention précoce n’est pas un luxe, c’est une nécessité.
Malgré la pertinence de ces « bons coups », ceux-ci ne réduiront pas de façon significative le taux de croissance de l’itinérance, particulièrement dans les régions. Si nous voulons réellement atteindre l’objectif de réduire substantiellement l’itinérance, le gouvernement doit engager quatre réformes structurantes que nous réclamons depuis longtemps pour prévenir l’entrée de nouveaux citoyens dans le cycle de l’itinérance :
Le droit au logement dans la Charte : Comme l’a fait la Finlande avec succès, le Québec doit incorporer explicitement le droit au logement dans sa Charte des droits et libertés de la personne. Sans ce socle juridique, le logement reste une marchandise plutôt qu’un besoin fondamental, laissant les plus démunis sans recours devant la spéculation.
Prévenir les sorties d’établissements publics qui mènent à la rue : Il est inacceptable que des citoyens sortent de prison, d’un hôpital psychiatrique ou de la protection de la jeunesse sans aucun plan de logement. Les instances publiques doivent garantir un repérage des personnes à risque et offrir un accompagnement en amont et en aval de leur sortie pour assurer leur réinsertion sociale.
Contrer les évictions et renforcer l’accès à la justice : Un marché locatif mal encadré alimente directement l’itinérance. C’est pourquoi il est essentiel de consolider les mécanismes de protection pour les locataires.
Le cap vers 20 % de logements hors marché : Nous faisons face à un déséquilibre marqué entre l’offre privée et les besoins criants de logements abordables. Je le réitère : nous devons viser un parc locatif composé à 20 % de logements sociaux et communautaires.
C’est en misant sur cette vision à long terme que nous arriverons à mieux contrer l’itinérance, en agissant sur les causes. Nous saluons les mesures promises par le gouvernement québécois. Toutefois, ces progrès ne devraient pas être considérés comme une fin en soi, mais comme un premier jalon. Sans les réformes de structure que nous proposons, les sommes annoncées ne serviront qu’à ralentir la chute, sans jamais arrêter l’hémorragie.
James Hughes
Président et chef de la direction, Mission Old Brewery