L’itinérance a atteint un point de rupture au Québec. En avril 2025, on comptait un minimum de 12 077 personnes en situation d’itinérance visible, une hausse de 20 % depuis 2022. Montréal concentre 42 % de l’itinérance visible, mais toutes les régions sont aujourd’hui touchées. Les causes principales : crise du logement, évictions, perte d’emploi, revenu insuffisant, troubles de santé mentale et dépendances.
Les campements et le recours croissant aux urgences et aux installations des réseaux de transport illustrent la saturation des ressources. Les organismes communautaires manquent de financement stable, à la mission, tandis que les interventions policières remplacent souvent des ressources insuffisantes.
Le coût de l’inaction est colossal : selon l’Union des municipalités du Québec (2023), une personne sans domicile fixe coûte 72 500 $ par an à la société, soit davantage qu’une personne logée avec soutien (65 000 $).
L’itinérance doit être reconnue comme une véritable priorité nationale. Des changements profonds s’imposent : une nouvelle gouvernance transversale doit être imaginée et des investissements massifs en prévention, en logements hors marché et en soutien aux organismes sont requis.
Des banques de loyers avec accompagnement social – Créer et financer un programme de prêts et subventions d’urgence pour les locataires confrontés à des difficultés financières transitoires, combinés à un soutien en logement.
Un registre des loyers obligatoire – Transformer le registre volontaire en outil public obligatoire pour freiner la spéculation et préserver les loyers abordables.
Le droit au logement inscrit dans la Charte des droits et libertés – Asseoir les politiques publiques en itinérance sur un fondement juridique clair.
Plan de développement du logement hors marché – Porter la part de logements hors marché à 20 % du parc locatif (10 000 nouvelles unités par an jusqu’en 2040).
Augmentation massive du nombre de suppléments au loyer – Passer de 1 700 à 10 000 unités de PSL sur cinq ans.
Financement durable des services de soutien en logement – Hausser le financement à 4 000 $ par personne logée, élargi aux organismes gestionnaires de logements.
Fonds d’innovation pour clientèles à besoins complexes – Soutenir des projets pilotes pour les personnes avec enjeux de dépendance, de santé mentale et ayant des troubles concomitants.
Systèmes d’accès coordonné – Harmoniser l’accès aux ressources dans toutes les régions.
Créer un fonds municipal pour la gestion des campements – Financer des plans intersectoriels de sortie des campements vers de l’hébergement.
Financement du PSOC – Adapter les enveloppes aux nouvelles missions des organismes.
Adoption d’une loi sur la prévention et le relogement – Clarifier les responsabilités provinciales et municipales pour que toute personne puisse recevoir le soutien nécessaire.
Réforme du Tribunal administratif du logement – Évaluer le risque d’itinérance avant toute éviction.
Stratégie autochtone – Prévoir un financement dédié et une gouvernance communautaire.
La Mission Old Brewery appelle à une refondation de la lutte à l’itinérance : reconnaître le droit au logement et miser sur la prévention, investir massivement dans les logements hors marché, rehausser le financement et développer des services intégrés santé-hébergement. Ces mesures exigent une gouvernance claire et transversale entre ministères, municipalités et organismes.
Prévenir, réduire et ultimement mettre fin à l’itinérance au Québec, en transformant la réponse d’urgence actuelle vers une trajectoire durable, humaine et fondée sur la dignité.